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News : Célébration du décès de Bob Marley, L’histoire et le rapport du cannabis avec la star…

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Trente-sept(37) ans que l’artiste-compositeur, Bob Marley a quitté ce monde. Chaque année, les fans du reggae célèbrent sa mémoire. Dans les endroits à forte densité de jeunesse, cette cérémonie prend une couleur inédite : celle de la consommation du tabac, de la chicha, et bien d’autres produits de la même famille. Ce constat, ne laisse aucune conscience éveillée distraite. Beaucoup de questions se posent à ce sujet. Pourquoi cette attitude au sein de la génération montante tous les 11 mai ? quel est le rapport entre le tabac et cette date ? Pourquoi et dans quel contexte, consommait-il (Bob Marley) le cannabis ? La jeunesse devrait-elle fait objet de ce suivisme sans réflexion ?

Par Pélagie TOUKO

Le cannabis est le nom latin d’une plante extrêmement banale, le chanvre. Le chanvre est une plante très fibreuse, originaire d’Asie, mais son utilité était si évidente qu’elle s’est vite répandue dans toutes les civilisations, des Chinois aux Romains en passant par les Egyptiens, la Mésopotamie, puis les Européens, les Arabes, le Mexique, puis le monde entier au XIXe siècle. En effet, le chanvre contient des substances actives appelées « cannabinoïdes », dont le plus puissant est le tétrahydrocannabinol (THC), suivi du cannabidiol (CBD). Le cannabis n’est pas sans effets négatifs sur l’individu.

Effets immédiat du cannabis

L’effet immédiat des cannabinoïdes est de diminuer la tension artérielle, musculaire, la coordination, provoquant une impression de flotter, et diminuer la mémoire à court terme. Le cœur bat plus vite, les yeux rougissent, la bouche est sèche, l’appétit augmente. On parle donc d’une modification de l’état physique et psychique. Selon la quantité de THC et selon les individus, cet état peut être ressenti comme plus ou moins agréable, et plus ou moins violent. À long terme, ses effets sont : baisse du quotient intellectuel (QI), échec scolaire, schizophrénie, suicide. En réalité, l’usage régulier du cannabis réduit le QI de 3 à 6 points chez l’adulte, et de 8 points chez ceux qui commencent à l’adolescence, (selon une grande étude néozélandaise réalisée en 2012). L’attention, la mémoire et la vivacité intellectuelle sont perturbées, et ce, de façon accentuée et persistante. Bien plus grave encore, selon cette analyse, les fumeurs quotidiens de cannabis ont 7 fois plus de risques de commettre une tentative de suicide et 8 fois plus de risques de faire usage d’autres drogues plus tard dans leur vie. Très inquiétant aussi, la consommation de cannabis est associée à une forte hausse du risque de schizophrénie, une grave maladie mentale.

Enfin, le cannabis fumé dégageant les mêmes toxines de combustion que le tabac (goudrons, monoxyde de carbone, radicaux libres…), il a les mêmes effets que celui-ci sur la hausse du risque cardiaque, de cancer du poumon, les dents jaunes, etc.

Le cannabis et le « rasta »

(Tout bascule à la Jamaïque dans les années 1930)

La Jamaïque est une île des Caraïbes qui servait de première étape dans la Traite des Noirs vers l’Amérique. S’y sont mélangés depuis cinq siècles des populations africaines (surtout Afrique de l’Ouest) et des Européens qui y ont apporté la Bible. D’innombrables églises chrétiennes issues du protestantisme s’y côtoient. L’esclavage ayant été aboli en 1838, la main-d’œuvre indienne (originaire d’Inde, non d’Amérique) afflue à la Jamaïque. Elle apporte avec elle les traditions de l’ashram indien telles que le régime végétarien, la méditation et surtout l’usage du chanvre – appelé dans cette tradition « Ganja », terme sanscrit, utilisé dans le cadre des rites religieux. La Ganja se répand rapidement dans toute la Jamaïque, bien au-delà de la communauté indienne, tandis que bouillonnent les mouvements prophétiques et révolutionnaires.

Le mouvement rastafarien ou « rasta »

En 1924, un pasteur jamaïcain parti aux Etats-Unis, le Révérend James Morris Webb annonce aux Jamaïcains que la fin de l’esclavage, un siècle plus tôt n’a été qu’une étape dans leur chemin de délivrance. Les descendants d’esclaves noirs doivent maintenant connaître un double mouvement de libération : la libération intérieure par une conversion spirituelle, la liberté politique en retournant en Afrique.

Dans une interprétation originale de la Bible, il désigne l’Ethiopie comme la véritable « Terre Promise », qu’il appelle « Sion ». C’est là que doivent retourner les Afro-Américains, telles les « Douze tribus d’Israël » fuyant la nouvelle « Babylone » qu’est le monde occidental et ses institutions. Et il fait la « prophétie » suivante : « Regardez vers l’Afrique, où un roi noir sera couronné, qui mènera le peuple noir à sa délivrance ». C’est la fondation du mouvement « rastafari » ou « rasta ». Ainsi, le rastafarien doit lire un chapitre de la Bible tous les matins puis suivre les Dix Commandements. Mais s’y mêlent aussi les influences indiennes, et en particulier la Ganja (cannabis). Fumer de la Ganja est considéré comme un « sacrement » par les rastas. C’est un signe donné par Dieu qu’ils appellent « Jah » pour aider à leur conversion intérieure, augmenter leur grâce, les élever spirituellement. De faible ampleur au départ, le mouvement rastafari connaît une brutale expansion lorsque, en 1930, la prophétie du révérend James Morris Webbd « se réalise ».

La conversion de Bob Marley

Bob Marley, fils d’un Anglais du Sussex et d’une Jamaïcaine, est un chanteur talentueux et extrêmement attachant, qui connaît déjà une grande popularité à la Jamaïque lorsque le roi d’Ethiopie s’y rend en 1966. Il est marié à Rita Marley, une femme qui participe à un meeting autour du Roi d’Ethiopie. Et c’est là qu’elle affirme voir les stigmates du Christ (trous laissés dans ses mains et dans ses pieds par les clous de la croix) dans les mains du Roi. Bob Marley se convertit au rastafari.

Parolier remarquable, il intègre à ses chansons les thèmes rastafaris, appelant à l’amour, la révolte des descendants d’esclaves, à la conversion spirituelle, à la gloire du Roi d’Ethiopie (appelé Lion de Juda), à la nostalgie de la terre de Sion, au départ de Babylone, à la lutte contre l’oppresseur (« I shot the Sheriff ») et bien sûr à la consommation de cannabis (Kaya, Easy Skanking), sacrement du mouvement rasta.

Sa musique, le « reggae », est lente, chaloupée, est une fusion d’influences africaines, européennes et américaines. Ses concerts sont de véritables cérémonies rituelles, dans lesquelles se mêlent les prophéties, les prières et les appels à la conversion et au combat ( Get up, Stand up !), le cannabis créant l’union sacrée entre les musiciens et le public.

La vague du reggae en Occident est lancée.

Les disques de Bob Marley se vendent à des millions d’exemplaires. Bob Marley, les rastas, le reggae et le cannabis deviennent des symboles de la libération, du progrès social, du retour aux sources africaines de l’humanité, et d’une nouvelle spiritualité détachée des contraintes matérielles de l’Occident. Et de même que le reggae et le rap sont appréciés de centaines de millions d’auditeurs qui, sans forcément comprendre toutes les paroles, éprouvent un sentiment de communion avec les musiciens, des millions de personnes qui n’ont pas ou peu de connaissance des racines spirituelles du mouvement rastafari ont été familiarisées avec son « sacrement », le cannabis.

 

1ère édition de la quinzaine « Bob Marley sans tabac »

Forte sensibilisation sur les méfaits des stupéfiants

Quinze jours pour amener les jeunes à célébrer autrement Bob Marley. Démarrée le 1er mai, la quinzaine « Bob Marley sans tabac » s’étend jusqu’au 15 mai. Cette initiative émane des jeunes ambassadeurs pour la Santé Reproductive et la Planification Familiale (JA/SR/PF) au Bénin, pour conscientiser les adolescents et les jeunes sur la célébration responsable du 11 mai.

Par Pélagie TOUKO

Jour commémoratif décès de la star Robert Nesta Marley, alias Bob Marley, les jeunes et même les adolescents se donnent à divers pratiques incommodes. Celles de la consommation du tabac sous ses différentes formes : drogue, cigarettes, chichi. Une jeunesse censée relever les défis pour se mettre debout. Ce constat amer a retenu l’attention de certains jeunes conscients de leur rôle pour le développement. La première édition de la quinzaine « Bob Marley sans tabac », c’est 15 jours de sensibilisation (du 01er au 15 Mai) sur les méfaits du tabac et des stupéfiants sur la santé. Pour Ornella Babagbéto, jeune ambassadeur pour la Santé Reproductive et la Planification Familiale, « C’est non seulement une campagne initiée à l’endroit des adolescents et jeunes mais aussi une campagne de plaidoyer à l’endroit des législateurs sur le contrôle de l’accès des jeunes aux stupéfiants. Selon cette jeune, cette première édition vise à conscientiser les adolescents et jeunes sur la célébration responsable du 11 Mai afin d’éviter à certains de se lancer dans la consommation de stupéfiants et pour d’autres de diminuer ou même d’arrêter cette consommation.

En effet, depuis le décès de Bob Marley, les jeunes ont toujours fêté le 11 mais avec les oreilles et nez bouchés avec de la cigarette. Pourquoi avoir attendu 37 ans avant de lancer cette initiative de sensibilisation ?  Ornella Babagbéto confie que « Ce fut une idée qui nous a traversé l’esprit lors d’une de nos assemblées générales. Aussi, vu l’ampleur que prend le tabagisme et surtout la consommation de Chicha dans la couche juvénile, nous avons tout de suite cru à la pertinence de la chose et nous nous y sommes immédiatement lancés ».  A la question de savoir si le 11 mai doit être une journée de célébration de Bob Marley ou du tabac, elle répond : « Pour ma part, en cette journée, les jeunes et les adolescents devraient méditer sur la vie de cette célébrité. Célébrer sa musique oui mais pas s’adonner à la consommation de tous types de stupéfiants ».

Casmir Djidago, enseignant et jeune citoyen béninois, quant à lui, déplore l’attitude de ses frères en ce jour. « Chaque 11 mai devrait rester pour nous, des moments de réflexions autour de l’héritage à nous laisser par ce vénérable homme de culture que constitue Bob Marley. Mais force est désagréablement pour nous de constater qu’on en fait une journée de consommation de tabac », a-t-il expliqué. Toute chose qui, selon lui, prouve à quel degré cette génération est perdue, pourrie, écervelée, déboussolée mais surtout souillée. Pour sa part, Bob Marley ne vivait ni pour le tabac et ne faisait ni du tabac sa principale lutte. « Qu’est-ce qui nous pousse à nous comporter ainsi pour honorer la mémoire de ce grand homme si nous ne sommes pas une génération souillée ? Pourquoi les gens se mettent-ils à fumer ce jour ?», s’est-il demandé tout révolté. « Bob Marley chantait pour encourager, dénoncer, faire avancer, donner de l’espoir et de la persévérance aux Noirs américains », a-t-il souligné. « Quand on écoute Marley Bob, on a des frissons. Le tabac a détruit sa vie. Pourtant, c’est ce côté ténébreux et sombre qui intéresse ma génération », conclut-il pour finir.

Lyric’Art News / PT


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