News/Bénin : La Star Stan Tohon s’en est allé! Que la terre lui soit légère..

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Bien connu dans la sphère culturelle du Bénin, le Baobab du showbiz Béninois et Africain, le Roi du Tchink Systèm, Tohon Stan ou encore Papy Grande a tiré sa révérence.

l’information nous est parvenu ce matin, Tohon Stan n’est plus, il a déposer les armes à Paris depuis quelques heures déjà.

Qui est Stan TOHON

Né au Bénin en 1955, Tohon Roger Stanislas à l’Etat-civil est un célèbre artiste de la sphère culturelle Béninoise. Promotionnaire des stars tel qu’Angélique Kidjo, Nel Oliver ou encore Sagbohan Danialou, l’homme n’est pas moins une icône du showbiz, je dirai mondial. Personnalité célèbre aux contours quelques peu controversés, un parcours atypique et élogieux émaillé de succès mais aussi d’histoires….

Pour mieux connaitre l’artiste, retour sur un entretien qu’il a accordé en 2013 au Journal L’Evénement Précis .

“A cœur ouvert avec le roi du « Tchinc system »: Stan Tohon fait des révélations sur sa vie et ses détracteurs”

L’Evénement Précis : Les Béninois vous connaissent sous le nom de Stan Tohon, dites-nous, à l’Etat-civil comment on vous appelle ?

 Stan Tohon : A l’Etat-civil, je m’appelle Tohon Roger Stanislas. Et comme les grands artistes, j’ai plusieurs noms comme Stan tohon, Papy Grande et consorts.

Vous avez fait la pluie et le beau temps en matière de musique au Bénin. Dites-nous un peu ce qui vous a amené dans l’art ?

Disons que c’est la musique qui est venue vers moi. Je ne suis pas parti vers la musique parce que depuis  le bas âge, j’étais dans les groupes folkloriques de mon quartier. J’étais le chanteur de tchingounmè et puis, après quelques pratiques dans mon quartier, je suis venu à Cotonou et j’ai commencé par prester avec mon frère aîné, feu Gnonnas Pedro. Lorsqu’il a découvert mes talents, il a fini par m’engager et m’a envoyé vers le micro. J’interprétais les morceaux de James Brown. Je ne parlais pas l’anglais en ce moment, mais je chantais en anglais, allez voir le miracle. Je puis donc dire que la musique est venue vers moi à travers mes frères comme Gnonnas Pedro, son batteur qui est un cousin à moi, son bassiste qui était l’ami de mon cousin. Avec Gnonnas Pedro donc, j’ai parcouru l’Afrique de l’Ouest, le Ghana, le Nigéria et consorts.

Tout ça remonte à quelle année ?

Tout ça remonte aux années  70.

Quelles sont les scènes que vous aviez faites à l’époque ?

Je dirai que j’ai été découvert réellement par le public grâce à mon morceau « Yalo ». Grâce à cette chanson, une chanteuse togolaise qu’on appelle Lili Akoffa, paix à son âme, m’a découverte. C’est elle qui a été la première personne qui m’a proposé de lui chanter au Togo. Mais, il faut dire que quand Yalo est sorti, c’était une chanson qui était censurée par le gouvernement béninois d’alors puisque je parlais de ce que c’est que la misère. Or, j’étais dans « le mouvement des prolétaires de tous les pays ». Donc, j’ai dû m’exiler au Togo et de là-bas Akoffa m’a invité. A la date d’aujourd’hui, je suis au vingt cinquième (25ème) album et je continue toujours de conjuguer le verbe tchinker. Mais, il faut souligner que j’ai su dénicher ce rythme à Savalou pour en faire une bonne utilisation.

 

Dans quelles conditions et en quelle année avez-vous sorti votre album « Yalo » qui vous a fait connaître?

Disons que Yalo, ce n’est pas un album, mais plutôt un quarante-cinq (45) tours. C’est déjà à 12 ans que j’ai sorti mes premiers 45 tours. J’avais 12 ans et c’était avec les Affolons de Cosmos. J’avais commencé par chanter avec Pedro à l’âge de neufs (09) ans. J’étais tout petit et quand je dois chanter, on était obligé de baisser le micro. Après la sortie de Yalo qui a eu un grand succès, j’ai sorti mon premier album au Ghana, à Koumassi. L’album « Okou ». Ça n’a pas beaucoup marché. C’est de là que je suis parti en Côte-d’Ivoire pour « Ahwamatchizo ». C’est cet album qui a fait découvrir le tchink à tout le monde entier. Disons donc que tout s’est passé comme Dieu l’aurait voulu parce qu’après Yalo, je me suis exilé d’abord au Togo et après le Togo, je suis parti en Côte-d’Ivoire. Alors Dieu a écrit l’histoire et ça se suit.

Qui étiez-vous concrètement à l’époque ? Simple Elève ? Etudiant ou juste un débrouillard ?

Yalo, je l’ai sorti à deux mois du BEPC. Donc, en ce moment, j’étais élève. Mais, quand le processus voulait commencer à un moment, je n’étais ni élève ni quoi que ce soit. J’étais un débrouillard parce que j’avais laissé les classes pendant au moins quatre (04) ans. J’étais un délinquant. Je tissais les bohoungos que je revendais. Je travaillais aussi comme aide-maçon. Lorsqu’il y a une construction, j’allais voir les charpentiers et je leur demandais s’ils ont besoin d’un aide-maçon, s’ils me donnent leur accord, je le fais avec eux. Et dans le temps, je gagnais trois cent cinquante (350) F par jour. En tant qu’aide maçon, je ramassais les briques et puis je préparais le sable avec du ciment. Je vendais aussi les nervures de coco qu’on appelle communément bohoungo et j’ai fait tout cela pendant un certain temps. J’ai un grand frère dans une école à Cotonou qu’on appelle Nanguézé. Donc, c’est en vendant les nervures que l’école m’a appelé pour les  acheter. Quand je me suis débarrassé du bohoungo, j’ai vu que j’étais en face de mon grand frère, même père, le directeur de l’école. C’est de là qu’il m’a demandé ce qui se passait. Et je lui ai dit que j’avais arrêté d’aller à l’école. Ainsi, il m’a dit qu’il fallait que je reprenne les cours. Selon lui, vendre du bohoungo, que ce n’est pas un métier. C’est donc lui qui a fait que j’ai repris les cours. Je passais au CM1 quand j’ai fait quatre ans à la maison. Donc, j’étais obligé de reprendre le CE2. Et là, j’étais toujours le premier de la classe jusqu’en classe de 6ème alors que je cherchais toujours à chanter. A Houègbo, une localité sise dans la commune de Toffo, j’avais formé un orchestre qui s’appelait FLASH et je jouais avec les élèves du lycée Mèdji de Sékou où j’allais chercher des guitaristes et des batteurs. Donc, partout où j’étais, je ne cessais de créer mon mouvement. Mais ceux qui m’ont réellement fait connaître, c’étaient Guy Kpakpo et Wilson Dave. Ce sont ces deux journalistes qui ont convaincu le directeur de la radio dans laquelle ils officiaient que j’étais un talent incommensurable. Et c’est à travers eux que j’ai eu l’opportunité d’enregistrer « Yalo ».

Clarifions les choses. Où avez-vous fait le primaire et le secondaire ?

J’ai fait le primaire un peu à Houègbo et un peu à la Mission Catholique d’Abomey. Donc, quand je quittais la Mission catholique d’Abomey, je venais à Houègbo. En ce moment, j’étais toujours au primaire. Par la suite, j’ai fait la sixième et la cinquième au Ceg Houègbo. Après, j’ai quitté pour Cotonou, au Ceg Gbégamey où j’ai fait la classe de quatrième.

Autrement dit, sans le BEPC, vous avez sorti votre premier album. Comment l’aviez-vous baptisé ?

Mon premier album s’appelle « Djadjadja ».

Parlez-nous-en

C’est un album de six (06) titres. Il y avait comme accompagnateur, paix à son âme, Ernest Honny, le grand pianiste parce que j’étais parti jusqu’à Koumassi pour réaliser cet album. C’est un album de huit (08) titres qui n’a pas beaucoup marché. Mais, c’est après celui-là que le deuxième album ‘’Ahwamatchizo’’ a été réalisé. Donc, c’est l’album qui m’a fait connaitre dans le monde entier. Mais Yalo aussi m’a donné une grande réputation parce qu’à sa sortie, j’ai pris mon premier chèque. C’était un chèque de plus d’un million huit cent mille (1.825.000) francs Cfa, alors que je n’avais jamais touché dix mille francs à un spectacle.

Vous aviez donc sorti un premier album en tant que débrouillard. Qui vous a donc aidé ?

Pour Yalo, j’étais à la Satel. La Satel, c’est une structure où on fabrique les CD et les cassettes. Donc, c’est une sorte d’usine privée qui appartient à M. Orou Bernard (paix à son âme). C’est lui qui avait pris l’initiative de créer cette structure. C’est lui qui a tout fait. C’est lui qui a donc payé le studio, qui a fabriqué les CD, les cassettes. Mais après, j’ai été pris en compte par Papa Disco qui est déjà décédé. Donc, c’est lui qui m’a amené au Ghana, à Koumassi, qui m’a fait mon premier album. Puis après, il m’a conduit en Côte d’Ivoire où j’ai connu Abdou Lassissi qui, à l’époque, était un grand producteur. C’est grâce à lui que j’ai réalisé l’album Ahwamatchizo.

A combien d’exemplaires estimez-vous la vente de l’album Ahwamatchizo qui vous a propulsé sur la plateforme musicale ?

Sans vous mentir, nous sommes parti jusqu’à cinq cent mille (500.000) exemplaires parce que rien qu’au Bénin, l’album coulait comme l’eau. En Côte-d’Ivoire, tout comme aux Etats-Unis, ça coulait. Au Nigéria, n’en parlons même pas. C’est grâce à ce succès que j’ai pu gagner mes premiers millions dans la musique.

On vous identifie aujourd’hui par le rythme « tchinc system ». Comment l’idée est-elle née ?

Les journalistes posaient toujours la question aux artistes à la télévision ou à la radio sur le style de musique. Cette question revenait toujours dans les interviews que j’ai l’habitude de suivre.  C’est de là que j’ai pris la résolution de me consacrer à une seule chose. C’est ainsi que j’ai entrepris une tournée nationale qui m’a amené à Natitingou, Parakou, Savalou et dans d’autres villes. A la fin, cela m’a permis de choisir comme rythme principal, le Tchingounmè. C’est ce rythme que j’ai travaillé pour en faire le tchinc system que tout le monde me connaît aujourd’hui. Je rappelle au passage que l’idée de choisir le tchingounmè m’est venue après ma rencontre avec le roi du tchingounmè que les Béninois connaissent sous le nom de Alokpon.

Parlez-nous de cette rencontre.

Je dirai qu’Alopkon a été très fair-play. Même si je vais à Savalou et que je loge dans un hôtel, ma nourriture, mon bain et tout, je le fais chez Alokpon. On va même au champ ensemble puisque c’est lui qui m’a donné tout le secret du tchingounmè. C’est lui qui m’a dit, par exemple, qu’il y a plusieurs variantes de rythmes dans le Tchingounmè. On est toujours demeuré des amis. Quand j’ai de grands spectacles, je l’appelle toujours. Il m’a raconté l’histoire du Tchingounmè à travers les époques. Aujourd’hui, il est le seul, par exemple, a avoir introduit trois calebasses dans le rythme. Ce qui est une innovation. Moi aussi, j’essaie d’observer les innovations dans le Tchingounmè personnel.

Parlez-nous de quelques unes de vos grandes prestations tant à l’échelle nationale qu’internationale.

Disons qu’aujourd’hui, le tchinck a fait son chemin. Je vois pas mal de jeunes qui sont dans le RAP et tout, mais qui introduisent la calebasse dans leur musique. Tous ces jeunes veulent m’imiter. Ce qui est un grand bonheur, un grand plaisir pour moi, contrairement à ce que certains croient. Je vois que beaucoup abordent ce que je fais, c’est même la preuve que ce que je fais est bon. Sur le plan national, j’ai parcouru pas mal de scènes. J’ai eu pas mal de prix. Aujourd’hui, je suis Chevalier et officier de l’Ordre national du Bénin. Aujourd’hui, je peux dire, par rapport à certains artistes, que je suis connu au Togo, au Ghana, en Côte d’Ivoire, au Burkina pour ne citer que ces pays et dans le monde. J’ai été même enseigner le Tchinck-système aux Etats-Unis, avec les Supers anges Hwendonanboua. J’ai été au festival de Mexico à Acapulco où j’ai représenté le Bénin. Bientôt, je vais encore m’envoler pour l’Italie, la France, puis la Belgique pendant au moins trois mois pour aller représenter la musique de mon pays. Donc, je peux dire qu’aujourd’hui, quand on parle du tchinck-système, il n’y a pas deux pays qui le font. Il n’y qu’au Bénin qu’on voit ça.

Beaucoup s’étonnent aujourd’hui de voir un Tohon très gros parce qu’évidemment, sur vos clips du début, votre corpulence n’était pas ce qu’on voit actuellement. Qu’est-ce qui s’est passé ?

(Il sourit un moment puis redevient sérieux et répond) : Un homme qui est né petit, grandit par la suite. Autrement dit, j’étais réellement un petit chanteur de rien du tout. C’est normal que quand l’argent a commencé par rentrer, qu’il y ait une certaine opulence. Et je ne peux pas rester éternellement le Tohon du Ceg Gbégamey. J’ai grandi donc.

On raconte même que vous êtes capables de consommer un porc entièrement.

Quand on veut voir les gros au Bénin, on ne peut même pas me compter parce que mon poids, 110 kilos, ce n’est rien du tout par rapport aux bulldozers qu’on peut rencontrer dans la ville de Cotonou. Maintenant, dire que je mange un port entier, ça c’est exagéré, c’est les « Kpakpatos » qui le disent. Ce sont des gens qui ne me voient qu’à la télé, qui ne m’ont jamais approché qui disent des sottises du genre. Je ne mange même pas la viande du porc. Je ne peux même pas m’asseoir pour prendre un mouton entier. Donc, moi je pense qu’il y a beaucoup de choses qui se racontent sur moi. Et je ne peux pas, tout le temps, aller me justifier à la télé. Il y a un monsieur qui m’a dit un jour pour rigoler, mais « Tohon, le jour où on dira que tu ne bandes pas, tu iras bander à la télé ? » Les gens racontent ce qu’ils veulent. Mais ceux qui s’approchent de moi sauront que je ne prends ni un porc, ni un mouton entier. J’ai grossi parce que dans ma famille les gens ont un certain poids.

On raconte aussi que sans les stupéfiants et l’alcool, Stan Tohon n’est pas inspiré. Qu’en dites-vous ?

(Il respire profondément puis répond avec un air d’indignation) : Voilà des choses. Comme je vous le dis, ce sont des racontas. D’abord ceux qui viennent dans mon royaume, il y a des choses qu’ils ne peuvent pas savoir. Le sodabi, tous les Béninois peuvent en prendre un verre. Mais, je ne m’adonne pas au Sodabi tous les matins. Chez moi, ici, j’ai toutes les variétés de boissons. Bon, c’est ma vie. Ce n’est pas la vie de quelqu’un. Maintenant, dire que je m’inspire sur la base de stupéfiants, je crois que ceux qui le disent doivent nous donner les preuves. En tout cas, moi je vis ma vie tel que je la vis tous les jours et je ne vais pas changer.

Stan Tohon devenu Ibitoch puis Mohamed par la suite. Les Béninois veulent savoir ce qui s’est passé.

Ce qui s’est passé est que j’ai voulu changer de religion. Je n’ai pas voulu être pentecôtiste, ni renaissant. J’ai voulu rentrer dans la religion musulmane parce que j’ai vu que c’est une religion où les prières se font de la même manière. Leur religion est simple, ce n’est pas compliqué. C’est pourquoi j’ai préféré l’intégrer. Ce n’est pas parce que je me suis marié à une Marocaine qu’elle a voulu que je sois forcément de son bord religieux. Ce sont des gens simples. Moi, je suis fervent dans mon cœur. Je ne vais pas montrer ma croyance à travers les Mosquées ni les caméras. Je prie intérieurement.

Pourriez-vous jurer que ce n’est pas votre femme qui vous a forcé à devenir musulman comme elle ?

Comment elle peut me forcer la main ? Moi j’ai déjà un certain âge où on ne peut plus me forcer à faire des choses. Je fais ce que je veux. C’est moi qui, au contraire, l’aurais entrainée dans ma religion. C’est moi qui l’aurais forcée à aller dans les églises. Mais, j’ai dit non. J’ai été libre de choisir d’être musulman. Elle n’en est pour rien.

Dites-nous un peu comment la rencontre a été faite avec votre femme?

Je l’ai connue à travers la scène. Mes morceaux Zémidjan, Oxo, c’étaient les choristes qui ont chanté avec moi en studio. Et dans le clip Zémidjan vous l’auriez bien vue. C’était elle qui était assise derrière la moto que je pourchassais parce que ce sont des bandits qui ont pris les filles-là en otage et je veux les libérer. Donc, c’est parti comme ça et après je l’ai invitée au Bénin pour ma résurrection. Et depuis là, on s’est marié.

C’était où ?

On s’est marié à Calavi.

La rencontre a été faite où ?

La rencontre a été faite à Paris. Je l’ai rencontrée à Paris au studio Addis Abéba. Un studio où il y avait les Yannick Noah, les Manu Dibango, et c’est là où j’ai connu Manu Dibango aussi, les Siviti Bakaba, les Sanvy Kpanou. Beaucoup de grands artistes fréquentent ce studio. Et elle aussi venait là. C’est là où je l’ai rencontrée. Et quand j’ai su que c’est une grande vedette de la musique en France, puisqu’elle a signé avec les majors, BMG, on est devenus des amis, on s’est marié et on ne s’est plus séparés.

Quand vous vous êtes marié?

On s’est marié en 2004 à Abomey-Calavi devant l’adjoint au maire d’alors, Placide Azandé.

Et pourquoi elle n’est plus présente sur la scène, parce qu’elle est une grande vedette comme vous venez de le dire ?

Si on part en France maintenant, elle va sortir son prochain album. Donc les morceaux sont déjà enregistrés, les pochettes préparées. Quand nous allons partir, elle va donc sortir son deuxième album, puisqu’elle a déjà sorti un premier.

Quels sont les noms de vos enfants qu’on vous connait actuellement ?

Il y a Pétronille Tohon et Carlos Tohon. Mais, ils ne sont pas au Bénin, je suis seul avec ma femme au Bénin.

Qui est leur maman ?

(Il sourit et s’étonne de ma curiosité, mais répond quand même sans détour) : Disons que mes enfants ont chacun sa maman. Pétronille, elle a sa maman et Carlos également a la sienne. Ça ne veut pas dire que je suis vagabond. C’est quand j’étais sur les bancs que ma première fille a été conçue. C’était une fille de banc. J’avais connu sa maman qui était, elle aussi, sur les bancs. Ça nous a même coûté des chicottes et après, je n’ai pas eu la chance de me marier avec elle. Quant à Carlos, sa maman et moi étions restés ensemble et aujourd’hui Carlos est aux Etats-Unis.

Alors la Marocaine, c’est vrai qu’elle n’est pas béninoise, mais toutes les femmes aiment quand même voir leurs enfants. Est-ce qu’elle ne vous gêne pas, par rapport à ce sujet ?

(Avec un regard étonnant encore, il répond sans gêne) :Elle n’a pas ce problème d’avoir forcément d’enfant. Pour elle, c’est que tous les enfants sont pour elle. Si Dieu nous donne la chance d’en faire, il n’y aura pas de problème.

Il se raconte que vous êtes la star qui tue les artistes émergents. Qu’en dites-vous ?

(Comme s’il attendait la question, il répond avec sévérité et désolation) :Non, mais je remercie tous ceux qui disent ça. C’est Dieu qui va les juger. Moi, je ne peux pas juger les gens. Je suis comme Jésus-Christ. On peut me lancer des pierres, on peut me chicoter, on peut me faire tout ce qu’on veut mais ils n’ont qu’à savoir qu’ils ne peuvent pas me tuer. Puisque ce sont des gens qui veulent tuer avec des rumeurs. Si souffres d’hypertension, il suffit qu’ils racontent quelque chose pour que ta crise monte et te tue. Mais comme moi je suis une pierre granite, un roc, ils vont raconter, ils vont beau dire mais moi je vais toujours exister. Ce ne sont pas les rumeurs qui vont me faire disparaitre. On dit que si on ne parle pas de toi, ça veut dire que tu n’existes pas. Mais c’est dommage qu’on cherche à salir la personne de l’autre pour aucun intérêt. Qu’est-ce que je gagne en tuant les artistes émergeants tel qu’ils le disent ? Si vous êtes impliqué dans la mort de quelqu’un, je vous donne au plus cinq ans, vous partirez aussi. Même si personne ne sait, vous n’allez pas vivre longtemps. Lorsque j’étais malade, si Kérékou ne m’avait pas envoyé en France, j’aurais aussi déjà rendu l’âme. Je suis sûr que le Béninois dira que c’est ma tante qui m’a tué. C’est le propre du Béninois d’accrocher tel ou tel problème à telle ou à telle personne. Dieu voit tout et il sait que je ne tue personne.

L’histoire a commencé avec l’artiste Eddy Lobo, avec qui vous avez fait une tournée dans le septentrion en compagnie de son frère. On raconte que vous leur avez donné une surdose de drogue et par rapport à tout cela il est mort d’overdose. Aujourd’hui, qu’est-ce que vous répondez par rapport à ça ?

Si vous êtes un bon journaliste, vous devez savoir qu’Edy Lobo est mort de méningite. Cela a été écrit dans les journaux. L’hôpital où il a été soigné a fait le diagnostic et a proclamé qu’il est effectivement  mort de ce mal qu’il a attrapé peut-être au Nord. Mais Tohon n’est pas là pour prononcer des incantations dans les oreilles des gens. Je n’en connais même pas. Je n’ai pas le Fâ. Je ne vais jamais chez le féticheur. Quand je suis malade, je vais à l’hôpital. Du coup, je ne sais pas où est-ce qu’on va me chercher ces surnoms. On dit que je suis un mystique, que je me transforme en femme pour aller voir Gbèzé ou Alèpkéhanhou. Des fois même quand j’entends ces bizarreries, ça me fait même rire parce que je sais que tout ce qu’on dit ne me ressemble pas. Donc, je ne me fait même pas de soucis pour ça. Je sais que pour la plus part, c’est des gens qui ne me connaissent pas, qui ne s’approchent pas de moi.

De plus, il se dit que si ces choses se racontent sur votre personne, c’est parce que vous en êtes aussi pour quelque chose. C’est parce que peut-être vous avez mené ou vous menez une vie obscure. Pour preuve, ils disent que Nel Oliver, Alèpkéhanhou, Sagbohan et autres n’ont été jamais taxés ainsi. Qu’en dites-vous ?

C’est à eux de me le démontrer. Moi, je sais que j’ai toujours été clair, j’ai toujours fait mon travail, j’ai toujours chanté. Il faut qu’on cesse de dire ces genres de choses.

La dernière nouvelle est que vous avez paralysé l’artiste Pélagie la vibreuse. Elle n’émeut même plus, selon les dires. Alors quelles sont vos relations avec cette artiste aujourd’hui ?

Est-ce que vous en tant que journaliste, vous croyez à ça ?

Mais, c’est ce que le peuple croit.

Oui le peuple croit. Je n’en disconviens pas. Mais vous, en tant que journaliste, est-ce que vous croyez à ça ? La meilleure façon d’élucider, c’est d’appeler Pélagie même pour voir si elle est vraiment paralysée, c’est tout. Il y a même des questions auxquelles j’ai horreur de répondre. Les gens qu’on dit que j’ai paralysés, ils sont débout. Toi-même, je sais que tu as des relations, tu peux l’appeler toi-même pour vérifier si elle est vraiment paralysée ou si elle est encore en mesure de prester à l’heure où nous parlons. Toi-même fais le rapport, Pélagie fait une musique qui n’a rien à voir avec le Tchinck. On dit que je tue les gens qui font du tchinck. Maintenant, elle ne fait pas du Tchinck et je veux encore la tuer. Dites-moi maintenant là où se trouve la logique dans ces âneries.

Que dites-vous alors de Riss Cool qui fait votre rythme et sur lequel des Béninois parient même que vous l’avez tué ?

(Indigné une fois de plus, il répond quand même) : Riss Cool, est-ce qu’il est connu au Togo ? Même à Aného tout près. Moi, je suis mondialement connu. Je suis connu partout dans le monde. Même au Venezuela, on m’appelle. Dites-moi, est-ce que je vais chercher à tuer quelqu’un qui veut faire comme moi. Moi je suis roi, donc je vais le tuer pour devenir Riss Cool le fils du roi ? Puisqu’il est mon fils, je vais le devenir en le tuant ? Quand même ! Il faut que les Béninois arrêtent. Moi, je vais tuer les gens pour dire que personne ne fera le Tchinck alors que je fais tout pour que le rythme soit promu. Récemment, j’ai misé un million (1.000.000 FCFA) en plus des motos de marque Honda dont l’unité coûte sept cent mille francs. C’était dans le cadre d’un festival que j’ai organisé pour mettre en compétition les jeunes qui font mon rythme, je crois bien que tu as été témoin de cela. Je tuerai pendant combien de temps alors que je dois aussi mourir. L’argent que le gouvernement m’a octroyé, je pouvais le prendre et venir faire des briques ici chez moi. Je fais tout cela juste pour fédérer mon Tchinck, pour que tout le monde fasse le Tchinck. Quand j’ai des spectacles, j’invite Riss Cool. Il vient, il chante et je le paye. Au nom de quoi vais-je alors le tuer ? Alors qu’il me fait honneur partout où il passe en s’appelant le fils du roi. Que les gens arrêtent maintenant leurs conneries. Eddy Lobo dont on parle, aujourd’hui, son frère, je veux parler de Robinson Sipa, s’est marié à ma cousine. Et le fils de Robinson est resté tout le temps avec moi. C’est quand j’ai quitté Gbégamey que je les ai laissés.

La cousine s’appelle comment ?

Prisca, la coiffeuse. Elle s’est mariée à Robinson. Si on était aussi mauvais, est-ce qu’on allait accepter ce mariage ? Lorsqu’on avait dit que j’ai tué Eddy Lobo, j’avais réagi pour dire que je ne suis pas un criminel mais que je suis quelqu’un qui se sacrifie pour les autres. Si tu vas faire tes enquêtes, en voulant citer les artistes qui réunissent les autres autour de leur projet au Bénin, on doit compter Tohon parmi eux parce que quand j’ai des projets, je ne mange pas seul. J’appelle tout le monde. Les Pélagie dont on parle, tu sais comment Pélagie est devenue Pélagie ? Il faut demander à Pélagie elle-même. Pélagie a commencé avec moi parce qu’Adjovi était en train de faire sa campagne et Pélagie et moi on doit animer la campagne. Adjovi me disait « celle-là, je te la confie. Il faut que partout où tu passeras avec moi, qu’elle anime aussi ». Et c’est comme ça que tout le monde a commencé par voir Pélagie et elle est devenue ce qu’elle est aujourd’hui. J’ai participé aussi un peu à son éclosion. Aujourd’hui, on me taxe de l’avoir paralysée. Je vais la paralyser pour danser comme elle. Est-ce que je peux même le faire ?

Au regard de tout ça, qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans votre carrière ?

Ce qui me donne le courage de continuer, c’est la solidarité des Béninois. Si on doit suivre les menteurs, on va quitter le pays pour dire que les Béninois n’aiment pas leurs artistes. Mais moi je suis convaincu que les Béninois aiment leurs artistes et il n’y a que des brebis galeuses qui sont dans la population et qui cherchent à nuire à des artistes comme moi. Je pense qu’ils n’y parviendront pas, la preuve, si ce sont ces gens qui devraient me payer mes billets d’avion pour mes tournées en France, Suisse, USA, Italie et un peu partout, je suis sûr qu’ils diront que Tohon ne va pas partir. Je vois que trop c’est trop. Il faut qu’on quitte ce pays. Le gouvernement n’a pas de projet pour les artistes, il n’y a plus de spectacle comme au temps de Kérékou. Maintenant tout est devenu dur et on est là puis les gens racontent ce qu’ils veulent sur nous. Je suis résident en France. J’ai ma carte de résidence d’une validité de dix ans s’il te plait. C’est vrai qu’ici je suis à l’aise. Mais quand je vais commencer par constater que mon pays est en train de devenir un pays de misère, de galère et de rumeurs, je vais partir.

Un mot pour conclure l’entretien ?

Pour conclure, je veux dire à Yayi Boni et au ministre de la culture, de faire en sorte qu’il y ait un fonds de solidarité sociale pour les artistes parce que la plupart des artistes qui meurent, c’est à cause de la misère. Il y en a qui meurent parce qu’on ne les a pas bien soignés, excusez-moi beaucoup. Il y en a qui sont partis parce qu’ils sont allés se confier à des groupes de prières. On peut prier, mais on doit se soigner d’abord. Il y en a, parce qu’ils sont dépassés par la vie, ils se donnent la mort. Zouley, personne ne sait de quoi elle est morte. Et personne n’a mené aucune enquête pour savoir réellement ce qui l’a tuée. Donc il faut qu’on augmente le fonds de solidarité. Aujourd’hui, Merveille, il n’a plus de sang. J’ai vu sa maman un jour devant l’Institut français. La personne a crié mon nom puis je me retourne et c’était la maman de Merveille, Apouké. S’il meurt un de ces jours, ce serait Tohon qui l’a tué. Alors qu’Apouké a besoin d’une solidarité. Lorsqu’on a demandé à Océan Fm que les gens cotisent pour qu’on lui vienne en aide, tu sais combien on a pu réunir, ça n’atteint même pas deux mille francs. Et où est la solidarité ? Peut-être que tout le monde n’a pas entendu. Mais, aujourd’hui Apouké a besoin du soutien de la population. Moi qui te parle, j’ai une sécurité sociale et quand je tombe malade, ça peut coûter des millions, on me soigne. Et c’est en France que je suis soigné. Le Bénin n’a qu’à s’occuper de ses artistes. Vous avez vu les artistes qui sont partis aux Kora Awards, est-ce que depuis qu’ils sont de retour, le Chef de l’Etat les a reçus ? Donc le tout ne suffit pas de parler. Il faut aussi passer aux actes. Moi je demande au Chef de l’Etat de recevoir tous ceux qui ont pu recevoir les Kora puisque c’est un honneur qu’on ne peut pas nous refuser à nous artistes. C’est comme ça que je parle et on dit que c’est moi qui tue les artistes.

Entretien réalisé par Donatien GBAGUIDI (http://levenementprecis.com/2013/06/07/a-coeur-ouvert-avec-le-roi-du-tchinc-system-stan-tohon-fait-des-revelations-sur-sa-vie-et-ses-detracteurs/)

Lyric’Art News/SF


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