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Social News : Prise en Charge Chirurgicale des détenus atteints de pathologies ambulatoires en milieu carcérale, Une œuvre sociale de l’ONG BIDOSSESSI 2A.BA à soutenir sans condition…

Abandonnés dans la promiscuité et l’insalubrité galopante de la prison, les détenus, qu’ils soient présumés coupables ou coupables, développent en général des pathologies qu’ils ignorent eux-mêmes. Il s’agit le plus souvent de la Hernie. Cette maladie, tueuse silencieuse a retenu l’attention de certaines personnes de bonne foi, qui œuvrent pour la prise en charge des prisonniers atteints de cette maladie. Le Dr Simon SETO, médecin chef et chirurgien, à travers l’ONG Bidossessi 2A.BA dont il est le directeur Exécutif en est une. Le travail abattu à la prison civile de Ouidah en l’honneur des prisonniers atteints de la hernie lui a permis aujourd’hui d’être doté d’un bloc mobile par les Fondations Sébastien ADJAVON et Michel JESTIN.

Par Pélagie TOUKO

LA Social News : Bonjour Dr. vous êtes Infirmier Diplômé d’Etat, Médecin, Chirurgien des Hôpitaux à la retraite, Directeur Exécutif de l’ONG BIDOSSESI 2A.BA et Médecin Chef de la clinique Médico-Chirurgicale BIDOSSESSI à Calavi. Votre parcours en dit long sur votre expérience. Comment a germé cette idée devenue aujourd’hui une réalité ?

Dr Simon SETO : L’idée est née d’une simple image macabre que j’ai souvent envie de décrire pour à la fin dire, « PLUS JAMAIS ÇA ». Il s’agit d’un grand garçon, torse nu, couché à même le matelas dans un lit d’hôpital, juste un slip pour lui cacher le sexe et menotté au chevet de son lit. Un gendarme, à la porte, jette un coup d’œil de temps à autres pour voir s’il vit encore. Et dès que cet individu va mourir, il va se lever tranquillement, venir enlever sa menotte sans plus regarder derrière. Et quand je dis bien sans plus regarder derrière, c’est que, quand il finit d’enlever sa menotte, il ne prend plus le soin de redresser le bras du cadavre sur son ventre. Ne serait-ce que le long de son corps, le bras branlant en dehors du lit, son ordonnance à côté de sa tête. Et c’est l’infirmier dans son tour habituel pour visiter les patients qui sont hospitalisés, va constater qu’il y a un cadavre. Avec un clic, l’aide-soignant va arriver, on va basculer cet enfant sur un chariot puis le jeter à la morgue. Qu’il vous souvienne que ce garçon que je décris n’est rien d’autre qu’un prisonnier amené de la prison à une étape ultime de sa maladie où il tape déjà à la porte de la mort. Quand on va regarder en arrière, on se rend compte que c’est la complication d’une hernie qui n’a pas été maîtrisé et de complication en complication, on se retrouve à la mort.

A l’ONG Bidossessi, nous nous sommes demandés ce qu’il faut faire pour venir au secours de ces gens-là. Parce que tous les prisonniers ne sont pas des criminels. Et ce n’est pas pour autant qu’on va les abandonner à la mort mais visiblement, pour tout le monde, depuis les autorités jusqu’au simple individu ; ces détenus ne sont rien. Abandonnés, ils meurent comme des poulets atteints de la grippe aviaire. En retournant dans les prisons, en examinant ces prisonniers, nous allons recenser ceux-là qui présentent ces affections que nous qualifions, d’affections chirurgicales ambulatoires. Et lorsqu’on l’aurait fait, on va les programmer et les opérer et comme-ça, au moins, ceux-là, ne seront plus sujet de la mort précoce.

C’est de cette façon que nous avons élaboré le projet pilote que nous avions accompli à la prison civile de Ouidah où l’ONG Bidossessi a pris en compte gratuitement dix (10) malades porteurs de hernie. Dieu merci, malgré le fait que nous ayons installé le bloc dans une salle d’hospitalisation de leur infirmerie, les malades s’en sont sorti. Toutes les plaies ont été cicatrisées dans un temps record. Mieux, il y a eu un, qui présentait la hernie des deux côtés que nous avons opéré le jeudi, on  l’appelle au tribunal le lundi et on le sort après deux ans quatre mois de prison. Ce garçon, cultivateur, c’est après avoir réglé le problème d’ailleurs pour lequel il a économisé pour se faire opérer et n’a pas pu avant d’intégrer la prison. Le défi qu’on s’était donc lancé après cette aventure à la prison civile de Ouidah, est de se doter d’un bloc mobile qui nous permettrait d’avoir un cadre plus approprié et plus aseptique pour nos interventions.

LA Social News :  Dans cette aventure avez – vous reçu le soutien de l’Etat ou d’un partenaire avant le don du bloc mobile ?

Dr Simon SETO : En réalité, nous n’avons eu rien de l’Etat ou des dirigeants politico-administratifs. Depuis 2013, c’est seulement l’année dernière que j’ai eu la chance de taper à la porte de la Fondation Sébastien ADJAVON dont la directrice, une dame de cœur que nous remercions au passage, avec toute son équipe se sont mobilisés pour nous aider et de par leur partenaire privilégié qui est Michel JESTIN, nous a promis nous doter d’un bloc. Et c’est ce qu’il a fait. Sinon, de 2013 à 2017, personne ne veut s’occuper même de ceux qui veulent s’occuper d’eux. C’est un cercle très vicieux de la misère dans laquelle nous vivons. Le 23 février 2018, nous avons reçu de ses partenaires, une ambulance que nous essayons de transformé en un bloc qui n’est pas ordinaire. Aujourd’hui, nous disposons de ce bloc mobile qui nous permet de nous occuper de ces gens.  

LA Social News : Quelles ont été vos impressions à la fin de cette expérience à Ouidah ?

Dr Simon SETO : (Abbatu) Merci beaucoup pour cette question. Vous savez, l’ONG était allée dans l’intention d’opérer simplement dix (10) patients. Nous avons consulté seulement deux bâtiments sur tous ce qu’il y a dans la prison civile de Ouidah et déjà, on était à quarante (40) malades, porteurs de cette affection-là. Ce qui veut dire que le besoin y est. Et si on dit que les gens meurent tous les jours de cette affection, on ne peut plus nier. Nous, nous avons opéré quelques-uns. Le reste est donc dans la maison. J’ai compris que nos frères et sœurs souffrent effectivement de cette maladie. Les infirmeries dans ces prison ne sont pas fonctionnelles. Encore qu’elles sont laissées aux toiles d’araignées et au rats (tête baissée quelques instants). C’est vraiment pitoyable. Il n’y a pas de nivaquine, de seringue et autres, vous organisez des interventions chirurgicales dans ces conditions au risque de devenir « meurtrier » en voulant sauver des vies. Nous l’avons fait parce que c’est le défi que nous voulons relever. C’est pourquoi, l’équipe avait tout mis en œuvre pour installer le bloc opératoire dans une salle d’hospitalisation avec toutes les garanties dont on disposait. Cela voudra dire qu’on peut délocaliser le bloc mobile dans la prison pour que les détenus ne songent pas à s’évader et nous causer d’autres ennuis

LA Social News : « Mieux vaut tard que jamais », dit-on. Aujourd’hui grâce à votre endurance et aux efforts conjugués des Fondations AJAVON et Michel JESTIN, vous avez pu accéder à une requête majeure, le Bloc Mobile. Quelle sera la suite ?

Dr Simon SETO : la suite, c’est de nous appuyer financièrement. Le défi actuel, c’est de nous doter de médicaments : les antibiotiques, les anti-inflammatoires, les antalgiques, les anxiolytiques. Tous ces médicaments qui concourent à une bonne cicatrisation des plaies. Les consommables du bloc qui englobe coton, complexe, Bétadine, seringue, les gangs, les bavettes, les casaques, les bonnets, les bottes. Tout ceci accompagné de l’argent pour soutenir l’équipe du projet. Notre problème fondamental aujourd’hui est de nous garantir cela avant de nous relancer. Parce que le bloc mobile doit être en mode fonctionnement lors de l’opération et ça utilise du gas-oil.  Aussi, faut-il motiver le chauffeur. Sinon, tout est fin prêt.

LA Social News : Avez-vous un appel à lancer aux autorités, aux personnes de bonne volonté et autres ?

Dr Simon SETO : (l’air totalement désolante). Aux autorités, je suis peiné, vraiment peiné. En obtenant d’abord l’autorisation d’intervenir dans la prison, le ministre de la justice et ses collaborateurs en étroite relation, devraient avoir un œil et un regard compatissant sur eux. A travers la Direction de l’Administration Pénitentiaire et des Droits de l’Homme, il devrait avoir dans les infirmeries carcérales une salle qui permettrait de prendre en charge la santé physique et mentale de ceux-là que les magistrats envoient en prison. Mais malheureusement, il n’y a absolument rien.

Honnêtement, je n’attends rien de ces autorités que j’ose néamoins solliciter pour nous accompagner dans cette noble mission en espérant qu’ils aient bonne conscience pour répondre a notre appel. Aussi, je ne pointerai non plus mon regard vers nos autorités au niveau local puisqu’ils se disent que ce n’est pas leur affaire. Les détenus n’élisent pas les chefs locaux, donc ne constituent pas une cible dans leur vocabulaire. Je ne leur en veux pas.

Maintenant, j’implore toutes les personnes de bonne volonté, telle qu’elle soit, des individus, des sociétés, des fondations, des ONGs, toutes personnes, qui aujourd’hui sont à l’abri du besoin et qui pensent qu’ils peuvent donner un peu pour aller au secours de ceux-là. L’équipe du projet, par ma voix, sollicite toutes les personnes de bonne volonté, pleins d’amour qui peuvent nous aider à aller au secours de ces détenus abandonnés à eux-mêmes et qui meurent et meurent encore.

LA Social News : Merci et bon courage à vous dans cette grande mission…

Lyric’Art Social News 001  /Avril  2018, Interview : Pélagie TOUKO

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