ENTRETIEN : Mister Okéké ” Ce n’est pas à un jeune de dire la qualité du cola mais à un vieux bien édenté. Les anciens sont surement amortis physiquement mais le savoir y est toujours…”

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EHYSSE SANNI Mamoudou Akambi Anifowotché à l’état civile, Modina « dribleur sur la montagne » sur le plan footballistique, ancien footbaleur de l’équipe nationale du Dahomey (actuel Bénin) de 1961 à 1970 et de l’ASSO Porto-Novo de 1959 à 1974 ; Mister OKEKE puisque c’est de lui il s’agit, s’est révélé au public national et international grâce à l’art Dramatique à qui il doit ce surnom de scène.

Icône et précurseur de la comédie au Bénin, il a accepté se confier à notre rédaction sur ce numéro de votre magazine.

Pharès AKONHOUNKPAN

Mister_Okeke

Lyric’Art Mag : D’où est-ce que Mister Okéké puise son inspiration ?

MISTER OKEKE : D’où est-ce que Mister Okéké puise son inspiration ?

Lyric’Art Mag : Parlez-nous de votre parcours artistique au-delà de nos frontières

MISTER OKEKE : Mon 1er acte sur scène est venu par une école islamique dénommée « Ecole Coranique Hassù ». C’est par là qu’en 1950 j’ai exhibé mon acte sur scène à l’école coranique de Youssouph (nom du grand maitre de cette école). Lors des fêtes islamiques on joue, on s’amuse et on présente des sketches pour parler de Dieu enseigner sur les faits de la vie. Il faut dire qu’en ces temps-là je ne taillais pas d’importance à la chose. Je m’étais plutôt accroché au football. Je jouais beaucoup au football, le football m’a même empêché d’être un grand intellectuel un peu comme certains de mes promotionnaires qui sont devenus ingénieurs, docteurs, et hauts cadres.

Toutefois, mon statut d’artiste me conforte assez. L’artiste ne meurt jamais car il vit toujours à travers ses œuvres tandis que les cadres et intellectuels seront oubliés et laissés pour compte dès leur retraite déjà.

Lyric’Art Mag : Comment se passe la collaboration entre vous et la jeunesse?

MISTER OKEKE : Oooh ! Nous avons une jeunesse têtue, extrêmement. [Pouvez-vous avoir les haillons que j’ai moi ?]. La jeunesse doit comprendre qu’un supérieur est toujours supérieur, un savant ; mêmement. Ainsi, quel que soit les talents de la jeunesse, ils ne peuvent égaler l’intelligence des anciens qui sont presque de la génération de leur père.

Lyric’Art Mag : Comment se porte l’art dramatique aujourd’hui ?

MISTER OKEKE : Je ne me prononcerai que sur le théâtre populaire. Il faut en effet, nuancer celui-ci du théâtre classique. Le théâtre populaire indexe plus directement l’homme car il vient du vécu quotidien tandis que l’autre est plus abstrait.

En 1976, nous étions cinq à six troupes à mouvementer le pays. Je peux vous citer : les muses, les cerveaux noirs, les requins, les Towakonù sans oublier Martin ASSOGBA ; un promotionnaire artistique de vieille date.

La plupart de ces troupes faisaient du théâtre classique car elles étaient composées d’étudiants et d’intellectuels contrairement à nous notre troupe, où il y avait des artisans : des menuisiers, des forgerons, des couturiers, des balayeurs, des personnes non instruites. Ceci nous a permis de nous rapprocher plus facilement des populations car nos scénarios n’étaient qu’en langue nationale. Pour exemple : en 1981 au hall des arts, dans une salle d’environ 3000 personnes nous jouions une pièce intitulée « Le nouvel amour au détriment de l’ancien ». Nous avons eu plus de 6000 personnes venues pour suivre ce spectacle et il ne nous restait pas plus de 10 m2 comme espace pour prester. Et ce n’est pas tout, tellement émue par la pièce, une dame était descendue du haut parmi les spectateurs pour venir gifler ma collègue qui jouait le rôle de la nouvelle compagne. Ceci pour vous signifier combien le théâtre populaire est plus poignant que le théâtre classique.

Lyric’Art Mag : Avez-vous un mot à l’endroit de vos admirateurs ?

MISTER OKEKE : Euuuuh ! J’écrirai un plaidoyer à Patrice TALON, président de la république de bien vouloir prendre un décret qui obligera désormais toute personne qui m’interpellera dans la rue par mon nom de scène de me donner 500F CFA (rire). Juste pour dire que je suis populaire et je m’en rends compte chaque fois que je suis en ville hors de ma maison à tel point que j’en oublie mon identité civique.

Lyric’Art Mag : Okéké a t – il des regrets aujourd’hui ?

MISTER OKEKE : Des regrets ? Du tout pas ! Je n’ai aucun regret. J’ai d’ailleurs une valeur que je ne peux estimer. Les gens me témoignent cela au jour le jour par des présents des dons divers que je ne demande pas en amont. Les gens s’émeuvent, s’émerveillent quand ils me rencontrent surtout lorsqu’il s’agit d’une première fois. Cela ne me fait que plaisir.

Lyric’Art Mag : Quelles sont les projets de Mister Okéké pour se révéler davantage à la nouvelle génération ?

MISTER OKEKE : Nous avons des projets, évidement, c’est pourquoi nous n’avons jamais cessé de faire les répétitions. Comme vous pouvez le constater, nous étions en train de répéter quand vous êtes arrivé. Nous sommes là, nous réfléchissons mais seulement nous ne jouons plus de scènes car les temps ont changé, les goûts et les besoins également. De nos jours, les gens ne vont plus au spectacle pour suivre les comédiens prestés. La misère actuelle aussi en est pour beaucoup. Alors, nous ambitionnons réaliser des films pour s’adapter aux besoins du temps. Nous courrons après les sponsors afin que ces projets de films puissent voir le jour. Nous n’avons pas croisé les bras au contraire, nous œuvrons pour nous ancrer sur cette terre indélébilement. Et le cinéma est aujourd’hui l’un des moyens pour immortaliser notre art.

Lyric’Art Mag : Un mot sur le cinéma béninois ?

MISTER OKEKE : Le cinéma, je le disais tantôt permet aujourd’hui d’immortaliser tout ce qui est art, culture et cultuel. Mais cela ne peut être une réussite si les artistes n’ont pas le soutien des autorités en charge du sujet. Aussi, pour l’essor du cinéma béninois, nous devons désormais cesser de la politique et d’encourager uniquement les compétences. « L’homme qu’il faut à la place qu’il faut ». C’est la seule politique que nous devons faire pour le succès du cinéma au Bénin. Un homme de culture sur les questions liées à la culture ainsi et non un agronome sur les questions de cinéma et de culture.

Lyric’Art Mag : Votre mot de fin

MISTER OKEKE : Je suis choqué chaque fois que je vois nos autorités traiter les anciens comme des feuilles mortes. Ce n’est pas à un jeune de dire la qualité du cola mais à un vieux bien édenté. Les anciens sont surement amortis physiquement mais le savoir y est toujours.

Lyric’Art Mag : Nous vous remercions pour votre collaboration. Nous apporterons également notre participation pour redorer votre image dans le cinéma et l’art culturel béninois.

Itw : Pharès AKONHOUNKPAN

 

Lyric’Art Mag N° 0067 – Octobre 2018, @Lyric’Art Média / PA

Pour lire gratuitement l’intégralité,

 


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