Entretien : Jean-Baptiste EGUEH « de plus en plus, nous remarquons que de nouvelles œuvres de jeunes, comme de ceux de… »

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Passionné des mots, il a choisi l’art des vers et des rimes pour s’exprimer et raconter la vie. Initié depuis son plus jeune âge, il a réussi à se faire un nom dans le monde de la littérature béninoise et déjà de la sous région. Jean-Baptiste EGUEH, jeune poète béninois puisque c’est de lui qu’il s’agit nous parle dans cet entretien de l’avenir de la littérature face au phénomène de l’abandon des bibliothèques, chose courante de nos jours.

Raymonde KPLAÏ

Lyric’Art Mag : Bonjour Monsieur. Présentez-vous à nos lecteurs ?

Jean-Baptiste EGUEH : Bonjour. Je suis Jean-Baptiste EGUEH, Journaliste-Poète.

Lyric’Art Mag : Alors M. EGUEH pourquoi avoir choisi la poésie ?

Jean-Baptiste EGUEH : Je voudrais d’abord vous remercier et souligner ceci : on ne peut pas choisir la poésie. C’est elle qui nous choisit et nous fait. La poésie pour moi, c’est une liberté d’expression ; une manière de raconter l’existence, ses couleurs, ses joies, ses sourires, ses amours ; mais aussi, ses pleurs, ses chagrins, ses craintes, ses ombres. Loin d’être un simple moment de s’évader, la poésie est une vie. Aussi, parait-elle comme un moyen de prendre ‘’la voix des sans voix’’, de faire échos et d’éveiller le peuple. Comme un peintre avec un pinceau et ses pots de couleurs, le poète peint l’existence avec une plume qui accouche des mots. Cette passion que la poésie procure, ce sentiment de donner du plaisir aux autres, de faire beau est pour moi une manière de s’oublier dans les mots. Pourquoi vivre la poésie ? Je ne sais pas.

Lyric’Art Mag : Quand et comment vous êtes vous lancé dans la littérature?

Jean-Baptiste EGUEH : 1Toute vie est poésie. Au début, j’écrivais juste des bouts de phrases qui me venaient à l’esprit. J’étais encore en 4ème. Puis après j’ai décidé d’écrire des histoires. Ce que je n’ai vraiment pu avoir le temps de faire. Des années plus tard en 2008 pour être précis, j’ai commencé vraiment à écrire. Mes poésies ces années-là étaient évasives. Après avoir lu ‘’Les contemplations’’ de Victor Hugo, et bien d’autres de lui et d’autres auteurs français comme béninois, j’ai été curieux de faire des recherches sur le mécanisme d’écriture de la poésie. Pour vous dire que j’ai appris à faire la poésie. J’ai appris dans les livres de cours sur la poésie, sur Internet également ; j’ai fait des exposés sur la poésie. Toute chose qui ma foi, m’a permis de bien comprendre comment ça fonctionne et comment faire peau dans ce vaste monde. Ce qui est fascinant, est cette façon aussi simple de jouer avec les mots, leur donner un sens qui peut parfois être inaperçu de tout le monde ; cette complicité entre les mots et le poète d’une part, et cette liberté que le lecteur ou l’auditeur a, de donner un sens à ce qu’il lit ou entend. C’est comme un moment où les règles n’existent plus, un monde où chacun est maitre de soi. Mais, rassurez-vous, la poésie à des règles. C’est vrai que le concept a, depuis un bond, évolué. Mais, ceux qui sont du milieu, savent qu’il y a des règles que cela respecte pour paraitre beau et compréhensif de tous.

Lyric’Art Mag : Vous avez déjà publié deux de vos poèmes dans un recueil de poèmes, dites nous comment ça s’est passé et quelle était la nature de votre collaboration avec les autres écrivains ayant publié dans ce recueil?

Jean-Baptiste EGUEH : Oui, j’ai eu la chance et l’honneur de contribuer à la publication du recueil de poème intitulé ‘’Le pouvoir au verbe’’. C’est un recueil de vingt poésies écrites par dix personnes. Je dois rappeler que ce projet était d’abord un concours organisé par l’Association des Ecrivains de la Côte d’ivoire (AECI) dénommé Prix Paul AHIZI de la poésie. On devrait soumettre deux poésies inédites. C’était facile pour moi de le faire, puis que j’avais déjà assez de manuscrits sur le sujet en compétition (le pouvoir au verbe). Alors je n’ai fait que réchauffer ce que j’ai déjà écrit. Participer à ce concours, c’était pour me révéler d’abord à moi-même, puis au monde ; savoir que ce que j’écris derrière les mures de ma chambre, est compris par d’autres. C’était mon défis, je crois que je l’ai atteint d’autant plus qu’à la fin, je faisais partie des dix nominés. Nous avons été primés lors du Festival International du Livre d’Abidjan 2018

Lyric’Art Mag : Comment qualifiez-vous la littérature en générale et la poésie en particulier ici au Bénin ?

Jean-Baptiste EGUEH : Au Bénin, la littérature est grandissante, la poésie vivante. Ce n’est pas pour dire que tout va pour le mieux dans l’arène littéraire au Bénin. Mais de plus en plus, nous remarquons que de nouvelles œuvres de jeunes, comme de ceux de l’époque d’hier, paraissent et mettent en lumière la littérature béninoise. C’est vrai que la question de l’abandon de nos bibliothèques reste posée. Mais cela ne semble pas émoussée l’ardeur des écrivains et écrivaines ou des amoureux des lettres. La poésie, bref la littérature, fleurit.

Lyric’Art Mag : Les bibliothèques sont de plus en plus désertes du fait de l’abandon de la lecture par beaucoup surtout les jeunes, comment expliquez vous cet état de chose ?

Jean-Baptiste EGUEH : J’ai commencé à l’évoquer un peu plus haut. C’est plus qu’une évidence aujourd’hui. Et cela est dû à explosion des outils numériques et tout ce qui l’accompagne. La jeunesse à laquelle j’appartiens aussi, n’a plus du goût à la lecture _surtout la lecture du livre_ comme il y a quelques années. Un jeune aujourd’hui préfère avoir un téléphone portable comme cadeau de ses parents ou de toute autre personne, que de se voir offrir un livre. Passer pratiquement toute sa journée sur internet à papoter avec ses amis, c’est le luxe aujourd’hui. La remarque aujourd’hui est que les jeunes s’ennuient avec le livre. Hélas, les bibliothèques se sont vues vidées. Pas de leurs contenus, mais de ceux pour qui elles ont toujours existé. C’est bien dommage. Parce que, c’est toute l’entreprise du livre qui en souffre ici sous nos cieux. Cela fait que les maisons d’édition que nous avons chez nous, hésitent à endosser l’édition d’un projet. La poésie en souffre également. Et c’est bien dommage.

Lyric’Art Mag : Quel est selon vous l’avenir réservé à la littérature face à cette situation?

Jean-Baptiste EGUEH : Face à la situation la littérature peinera à trouver ses lettres de noblesse. Parce que les écrivains disparaitront petit à petit faute de moyens pour éditer leurs œuvres. La conséquence est aussi là : s’il n’y a plus d’écrits qui véritablement sont bien écrits pour inspirer la génération suivante, eh bien, ne soyez pas surpris du niveau des œuvres qui naitront demain. Ne soyez pas non plus surpris du niveau des apprenants dans les écoles. Les romans n’auront plus ce charme qu’on leur connait, les essais comme les proses perdront leur beauté et la poésie, que vais-je dire, la poésie sera juste étouffée dans les discours… Mais il y a de l’espoir avec la poésie. Et c’est là je suis heureux : de jeunes projets naissent aujourd’hui au Bénin pour donner à la poésie la parole. Des projets comme ‘’Dix Manches En Slam’’ ou encore ‘’SlamLadies’’ et bien d’autres doivent être encouragés. Ce sont des moments où, au lieu d’attendre que les jeunes aillent s’acheter des bouquins, chose qu’ils ne feront surement pas, ils viennent partager leur savoir en la parole. Et c’est très important.

Lyric’Art Mag : Que proposez-vous pour redorer le blason de la littérature béninoise et celle africaine ?

Jean-Baptiste EGUEH : A cette question, je dirai juste que nous devons donner envie aux lecteurs de nous lire, pour ceux qui ont emprunté le chemin de l’écriture de quelques histoires que ce soient. Aussi, devons-nous garder la littérature béninoise comme africaine que nos pères nous ont laissé, tout en nous conformant aux standards du monde entier. Peut-être qu’il faut vous le dire, on n’écrit pas pour sa famille ou pour son quartier seul, mais on écrit pour être lu partout par le monde. Nous devons encourager également tous les projets qui souhaitent soutenir la lecture dans nos écoles.

Lyric’Art Mag : Quels sont les projets du poète EGUEH ?

Jean-Baptiste EGUEH : Mon projet depuis un certain temps, est d’avoir une plateforme numérique purement destinée aux publications poétiques de tout genre et de toute personne. J’y travaille déjà depuis près d’un an. Nous sommes une dizaine à contribuer à l’essor de cette page pour le moment. Mais, à l’épreuve du temps, je compte y associer toute personne qui fait la poésie. Ce sera une manière de rapprocher la poésie pour une fois encore, de son lecteur. En dehors de cela, dix autres amis et moi, travaillons sur un recueil de cent poésies. Tout est fin prêt, il nous reste comment imprimer ; et c’est là toute la difficulté. Mais nous parviendrons à le concrétiser. Nous espérons bien, dans les années à venir, pouvoir mettre ce recueil au plaisir des lecteurs.

Lyric’Art Mag : Votre mot de la fin

Jean-Baptiste EGUEH : C’est vrai que beaucoup aujourd’hui préfère faire de leur poésie du slam et c’est bien. J’aime aussi le slam et je compte plus tard le faire. Mais, mon dernier mot sera ceci : que nous ayons dit les mots devant un public assidu qui est tombé amoureux de nos écrits, une foule au pied de l’échafaud, qui décide nous glisser quelques billets d’acclamations et d’admiration, nous devons tout de même revenir les coucher sur du papier pour en faire un projecteur sur la vie de ceux qui aiment lire entre les lignes. C’est pour moi, une façon de perpétuer la tradition ; car, écrivais-je déjà dans l’une de mes poésies ‘’pour écrire, il faut avoir lu.’’ Lire ce qui a du sens et de la grandeur. Je vous remercie.

Lyric’Art Mag : C’est nous.

 

Itw : Raymonde KPLAÏ

Lyric’Art Mag N° 0064 – Septembre 2018, @Lyric’Art Média / RK

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