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Entretien : Dah Lissanon Tchéssilè Awo Ola Ifa « Il faut que le Gouvernement sache qu’il y a des esprits plus puissants, plus dangereux que le Kinninssi qui prennent du sang humain…

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Dans le panel des divinités endogènes du Bénin, il y a une qui fait couler beaucoup d’encres et de salives ces derniers temps.

Le Kinninssi ou fétiche suceur de  sang, connu pour sa promptitude à obtenir a son maître tous ses vœux en un temps record après un sacrifice humain.

Jadis l’apanage des initiés et sages, la cupidité et le gain facile l’as exposé aux mains des jeunes cybercriminels fétichistes qui en usent pour forcer la main à leur victime. Conséquence, ils sacrifient des vies pour obtenir quelques milliers d’Euros.

Nous recevons aujourd’hui Dah Lissanon Tchéssilè Awo Ola Ifa pour lever un coin de voile sur ce fétiche.

 

Lyric’Art Mag : Bonjour Dah, vous êtes une tête couronnée, prêtre de Fâ mais aussi sociologue. D’entrée parlez-nous de ce fétiche, le Kinninssi.

Dah Lissanon Tchéssilè Awo Ola Ifa : Bonjour Lyric’Art,  je vous remercie. La première des choses, j’aimerais apporter une rectification. Ce fétiche appelé suceur de sang, c’est un peu exagéré. Tout fétiche est suceur de sang. Quand le mot fétiche sort c’est que le sang intervient en ce qui concerne l’esprit dans le monde endogène.

Le Kinninssi en lui-même n’est pas un mauvais fétiche. Il a fallu aujourd’hui que Kinninssi aille dans la main de cette jeunesse qui est dans une perdition totale pour qu’on dise que c’est devenu  un suceur de sang.

Tout fétiche fait appel automatiquement au sang. Maintenant abordons le cas spécifique du Kinninssi.

Le Kinninssi que nous avons connu n’a pas un couvent, il est comme Gbadou. C’est comme d’autres divinités que nos parents ont composés pour se protéger d’abord, pour protéger leurs enfants, leurs familles. Un fétiche à qui on peut faire appel pour faire des vœux.

La spécialité du monde endogène c’est que quand tu dis tel chose ça doit être comme ça et c’est cela qui fait la valeur de l’homme spirituel. C’est donc ainsi que nos ancêtres qui ont quittés Adja Tado ont composés ce fétiche Kinninssi en Fon et Olougbohoun chez les Yorubas et les Nagos. Aujourd’hui tout le monde parle de ce fétiche sans savoir le rôle spécifique qu’il joue.

Nous avons été initiés au couvent et sommes des adeptes de Vodoun. Moi chez mon père spirituel Dah Yakpétchou, il ne nous a jamais amené à un couvent de Kinninssi. Ce n’est pas comme le Sakpata, le Hèbiosso, le Lissa ou le Ninssouhoué qui a un couvent. C’est une force de dernier rempart pour nos parents. C’est-à-dire quand tous les efforts semble inefficaces, le père spirituel rentrait dans cette chambre qui était destiné à lui seul pour faire usage de ce fétiche-là afin d’imposer sa suprématie ou faire passer sa décision. Le Kinninssi était donc un fétiche à craindre dont on ne fait appel que lorsque la situation est hors contrôle.

Le Kinninssi en lui-même n’est pas mauvais et pour exemple, lorsque nous prenons un être humain, il a un côté positif et un côté négatif. Même la Bible a son côté positif et son côté négatif. Nous n’allons pas accuser la jeunesse aujourd’hui, nous devons plutôt accusés ces Hounnons et ces Vodounnons qui eux même n’ont jamais été initiés dans un couvent. Ce sont des gens qui ont appris le Fâ sur le tas chez un Bokonons (Prêtre de Fâ) et qui sont appâtés par l’argent, au point de donner aux jeunes qui exhibent quelques billets de banque un fétiche, sans aucune initiation préalable. Dans ces conditions, comment ces jeunes-là qui ne savent même pas la signification du Vodoun et qui l’ont obtenue dans la facilité peuvent cerner ses contours et en faire bon usage ?

Le Kinninssi existait avant notre naissance, nos parents l’ont toujours utilisé pourtant ce n’est jamais tombé dans notre main ; et quand tu entendais en ce temps que ce fétiche est quelque part tu as peur ! Toi-même qui t’en approche, tu n’es pas en sécurité parce que c’est un fétiche de justice qui peut se retourner contre toi-même rapidement. C’est un fétiche qui n’était pas destiné à quelqu’un, c’est le Fâ qui désignait celui qui devait être avec lui et en prendre soin. Voilà comment le fétiche Kinninssi était gouverné mais aujourd’hui puisque le fétiche a été transmis dans la banalité aux initiés qui en connaissent malheureusement la composition aussi, le gout du gain facile pousse ces soit disant Vodounnons ou Hounnons là à offrir le fétiche a des jeunes immatures sans scrupule en leur promettant qu’avec ça ils auront tout ce qu’ils veulent. Quand vous dites ça à un jeune, attendez-vous qu’il l’utilise comme il veut.

Lyric’Art Mag : en temps normal qui doit détenir le Kinninssi et dans quelle condition ?

Dah Lissanon Tchéssilè Awo Ola Ifa : Il y a une certaines familles qui étaient destinée à ça mais le Kinninssi c’est d’abord les têtes couronnés, dans un couvent bien placé. C’est un fétiche qui était détenu dans les grands couvents et n’était pas dans la main de tout le monde. Qui va le détenir ? C’est quelqu’un qui a un âge et une maturité spirituelle donné. Très patient, partial et compréhensif. Un homme qui a acquis une grande sagesse et ne se prend pas pour Dieu. Il n’intervient qu’en cas de nécessité où on doit faire recourt au fétiche. Ce n’est donc normalement pas qui veut qui l’as.

Lyric’Art Mag : comment en est-on arrivé à laisser ce fétiche dans les mains de ces jeunes effrontés. Le problème ne serait-il pas plutôt au niveau de ces sages qui le détienne ?

Dah Lissanon Tchéssilè Awo Ola Ifa : Nous sommes dans un pays où la pagaille est devenue une constitution. La constitution du Bénin n’est pas instruite dans nos collèges et universités au point où même un diplômé des universités serait incapable de t’en donner le contenu. Tout monde enfreint aux règles dans le pays et c’est la même situation dans les couvents. Aujourd’hui quand tu sors, tu vois le Vodoun partout, dans toutes les vons et les maisons ce qui jadis ne se faisait pas. Un couvent c’était un lieu bien déterminé et non une habitation.

Le mot Hounnons est devenu aujourd’hui un mot plaisant et tout le monde veut être Hounnons, même le non initié, à coup d’argent s’arroge ce titre.

Quand vous prenez par exemple l’église catholique, tout le monde peut lire la bible mais tout le monde n’est pas prêtre ! Il faut suivre un cursus bien déterminé et des étapes. Pour preuve, regardez le nombre d’année qu’un aspirant passe au séminaire avant de devenir prêtre et ce n’est pas gagné d’avance, il peut bien le faire et ne pas être ordonné si on le juge inapte.

Chez nous, le gars va se promener dans un coin, il cherche 200 000f et on lui donne le fétiche et pire le sage qui est appelé à préserver le secret de la composition de ce fétiche lui transmet ça contre quelques billets.

Lyric’Art Mag : plusieurs cas de sacrifice humains ont été révélés depuis un moment, le Kinninssi ne consomme-t-il que du sang humain ?

Dah Lissanon Tchéssilè Awo Ola Ifa : c’est de la comédie pure. Le Kinninssi ne consomme pas que du sang humain. Les gens oublient que tous les fétiches se nourrissent du sang peu importe sa provenance. Si un Vodounnons voit que c’est le sang humain il veut donner à son fétiche il lui en donne. On parle comme si c’est le Kinninssi seul qui prend du sang humain.

Ces sacrifices se faisaient depuis nos ancêtres, c’est parce que aujourd’hui les réseaux sociaux alimentent la polémique que ça devient une actualité. Ce qui se dit aujourd’hui, c’est quelque chose que nous dénoncions déjà il y a longtemps ! Nous n’avions ni la voix haute ni les moyens d’aller sur les antennes en parler mais les gens voyaient et n’ont jamais réagi.

Aujourd’hui on traque le Kinninssi parce qu’il paraitrait qu’il consomme du sang humains mais ils sont en train de faire fausse route ! Tous les fétiches consomment du sang humain et il y en a de plus redoutable que le Kinninssi ! S’ils se lancent dans cette lutte ils risquent de s’enliser parce que le temps qu’ils traquent Kinninssi les gens iront faire d’autres fétiches tout aussi efficaces et les sacrifices humains vont reprendre de plus bel !

Lyric’Art Mag : le Gouvernement a pris à bras le corps cette situation et la police républicaine procède depuis peu à des arrestations de ces jeunes délinquants fétichistes. Pensez-vous que cette lutte sera salutaire ?

Dah Lissanon Tchéssilè Awo Ola Ifa : Ils sont trop allé à la vas vite, c’est une grave erreur que le gouvernement fait parce qu’ils ne peuvent pas déterminer combien de personnes détient ce Kinninssi ou un autre fétiche encore plus dangereux que ce dernier à qui on fait des sacrifices humains.

Ils doivent normalement faire une sensibilisation d’abord parce qu’il y a des individus debout qui n’ont aucun fétiche chez eux mais qui boivent du sang humain ! Irait-on arracher le ventre de ceux-là ?

Le Kinninssi qui au fil des ans a atteint la taille d’une maison comment veulent – il le saisir ?

La solution actuelle du Gouvernement n’est pas la bonne parce que détruire le fétiche n’est pas synonyme de détruire l’esprit qui l’habitait. Le problème est plus profond que ça et ça interpelle nous les hommes spirituels où on doit pouvoir faire usage de nos pouvoirs pour détruire l’esprit qui habite ce fétiche. L’appel aux Bokonons est donc obligatoire parce que ce ne sont pas des esprits qu’on peut détruire aussi facilement, au mieux on peut les chassés.

Il faut ensuite qu’un sacrifice soit fait où tous les rois et têtes couronnés se réunissent pour maudire ça. Toute personne qui fera désormais rentré cet esprit dans ce pays, dans un couvent sera maudite et ils verront les résultats ! Ce problème doit être réglé par les grands prêtres spirituels. Le Gouvernement devait confier ça aux sages et têtes couronnés qui vont tenir une réunion en bonne et due forme pour décider de l’issu de cette situation.

Lyric’Art Mag : si la situation en est arrivé à cette extrême, les pratiquant de Fa et les Vodounnons en sont les principaux protagonistes. Que fait l’association des Vodounnons du Bénin pour palier à cette situation ?

Dah Lissanon Tchéssilè Awo Ola Ifa : tout d’abord est-ce qu’il y a une association des Vodounnons proprement dite. S’il y en avait on n’en serait pas à cette étape. Que tous les initiés d’un couvent aient leur liste de sorte que lorsqu’on se rend dans un couvent on puisse savoir combien d’initié sont réellement sortis de là et que chaque Hounnon puisse dire je viens de tel couvent. Il faut une réorganisation du secteur.

Quand quelqu’un est proche d’un politicien au pouvoir il se lève et s’autoproclame président des Hounnons, des Vodounnons et le désordre s’installe.

Nous avons connu de grands couvents dans ce pays. Quand tu arrives par exemple à Abomey, tu dis « ALOTRODEKIN » à Lègo tout le monde te respecte ! Tu dis je suis initié dans le couvent de « NANE AHOUANDJLE KPO-DJITO » la mère du Roi AGADJA, c’est elle qui m’as initié, elle est là encore. J’ai été ensuite initié du couvent de Lissa.

Aujourd’hui tout le monde s’autoproclame Vodounnons sans avoir fait un couvent, sans subir aucune cérémonie spirituelle. Le Fâ se donne comme un bonbon aujourd’hui au Bénin. Des individus portent le sac et se promènent de maison en maison pour dire je vous donne le Fâ. Ils sont en train de faire le Fâ là mais ils ne sont pas heureux puisque ça ne respecte aucune logique et quand c’est comme ça c’est une comédie !

Nous qui sommes les têtes couronnées on ne peut qu’accepter les ordres de nos Généraux qui sont les Rois ! Le président de la République est le premier magistrat du pays même s’il n’a fait aucune étude de magistrature dans sa vie. Il en est de même pour nous ! Le Roi peut ne pas être un initié du couvent. C’est le Fâ qui le désigne mais quand on touche le touche pour une situation donnée, il doit nous faire appel pour lui proposer des solutions qui seront ensuite étudiées ensemble pour tirer la meilleure.  

Lyric’Art Mag : Selon les informations reçus de Lomé (TOGO) les cybercriminels fétichiste s’y déplace en masse ces derniers temps. Leur présence pourrait-elle constituée un risque pour les populations de Lomé ?

Dah Lissanon Tchéssilè Awo Ola Ifa : c’est du bavardage inutile. S’il y a beaucoup de Gayman Béninois qui vont au Togo, les Gayman Togolais iront où ? S’ils sont partis au Togo, ils iront seulement s’ajouter au nombre qu’il y a déjà là-bas. Le Togo et le Bénin sont des Pays frères, il n’y a aucune différence entre nous. Aujourd’hui les Togolais parlent parfois mieux les langues Béninoises que les Béninois mêmes et vice versa.

Aujourd’hui on parle de Cybercriminalité basé sur le Kinninssi alors qu’on n’oublie qu’il y a d’autres formes de Cybercriminalité comme par exemple la Cybercriminalité Sexuelle !

Lyric’Art Mag : votre mots de fin ?

Dah Lissanon Tchéssilè Awo Ola Ifa : le Béninois profite de toutes situations pour se faire du mal. Aujourd’hui si tu es un Vodounnon et que tu te retrouves avec un individu qui ne t’aime pas et qui est dans leur camp, il ira leur dire que tu as aussi Kinninssi. Ce n’est pas tous ceux qui sont détenteur de ce fétiche qui l’utilise à des fins criminelles. Il faut que le gouvernement fasse un pas en arrière et ne confonde pas la lutte contre la Cybercriminalité à une lutte contre le fétiche Kinninssi. Au mieux ils ramasseront seulement les objets parce qu’on n’attrape pas un esprit.

La plupart des églises qui pullulent un peu partout bondant de monde sont basés sur Kinninssi. S’ils se rapprochent des hommes spirituels à fond ils vont comprendre beaucoup de choses, ils comprendront que c’est plus profond que ce qui se voit là. Il y a des esprits plus puissants, plus dangereux que Kinninssi qui prennent du sang !

Le Gouvernement doit faire une enquête de moralité sur les Hounnons, Vodounnons, Bokonons et exiger que chaque couvent dispos d’un registre pour ses initiés de sorte que chaque couvent puisse donner la garanti que chaque initié a suivi les rites et rituel selon la durée défini et maitrise le fétiche dont il devient prêtre. Il faut qu’ils sachent qu’il y a des réalités qui dépassent Kinninssi. La Sorcellerie dépasse Kinninssi qui est aussi une forme de sorcellerie.

Combien de fois l’église catholique a amené les confessions ou les problèmes entre prêtres  devant la justice ? Ce qui est secret reste secret. A ce que je sache ni le Président Talon ni le Ministre de l’Intérieur n’a fait aucun couvent ! Comment veulent – t – ils alors régler les problèmes de couvent ?

Interview : Sinclair Fadonougbo

 

Lyric’Art Mag N° 0054 – Avril 2018, @Lyric’Art Média / SF

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